Pourquoi critiquons nous ?

 


Tous, nous avons vécu l’expérience blessante d’être jugé, catalogué, étiqueté depuis notre enfance, expérience difficile à dépasser et à pardonner qui est réactivée à la moindre critique formulée à notre égard et que nous réactivons sans le savoir chez l’autre lorsque nous le jugeons négativement.


 


Les jugements négatifs font des ravages car ils collent des étiquettes dont il est parfois difficile de se débar­rasser, nuisent à la réputation professionnelle et personnelle, contaminent l’entourage. S’en suivent perte de confiance, refus de se parler, ambiance insupportable.


 


Pourtant, se libérer d’un tel jugement, le mettre à distance de notre esprit critique, nous offre la possibilité de jouir d’une paix personnelle. Toutefois, arriver à un état de paix demande de la persistance et une cer­taine capacité à se remettre soi-même en question.


"Avant de critiquer il faut savoir se mettre à la place de celui ou de ceux que l’on critique"


 


Mais d’où peut bien venir cette propension à juger autrui, à se fier
aussi facilement aux apparences, à cataloguer l’autre sans même
parfois l’avoir entendu ? Et comment renoncer à entrer dans l’engrenage des critiques mutuelles – entre collègues,
conjoints, parents envers enfants, etc., qui nous pourrissent la
vie ?


 


Pour G. Corneau, psychosociologue, "L’ombre est le petit frère obscur que nous portons en nous-mêmes mais que nous ne voulons pas que les autres voient. Pour éviter de percuter l’illusion de notre perfection, de notre innocence, nous nous débarrassons de ces dimensions d’ombre en les prêtant à d’autres personnes. Si bien que nous nous retrouvons à blâmer les autres pour des tares qui sont tout simplement inconscientes chez nous. Voilà pourquoi il est si facile de "deviner" les tares des
autres : en fait, ce sont les nôtres !"


De plus, par opposition et de manièr déguisée, critiquer l’autre permet de se mettre en avant, de se convaincre que l’on vaut mieux que lui et ainsi de se rassurer sur sa propre valeur !


 


Reconnaître que "parfois, moi aussi je me mets à critiquer" est honnête bien que douloureux. C’est un pre­mier pas pour changer d’attitude. C’est aussi une étape nécessaire pour apprendre à faire silence sur autrui et écouter nos propres peurs intérieures : peur d’être rejeté, isolé, mal compris, de se sentir nul, etc.


 


Réinvestissons alors l’énergie que nous mettons à critiquer l’autre dans notre propre remise en question, à commencer par l’acceptation de notre propre impuissance à nous changer nous-mêmes. Reconnaissons avec courage que ce qui nous agace chez l’autre est peut être bien notre "part d’ombre".     


                           


Evitons aussi les raccourcis dangereux qui nous font juger la personne plutôt que ses actes. Par exemple, au lieu de dire d’un collègue "c’est un incapable", disons plutôt : "il n’arrive pas à résoudre ce problème… comment pouvons-nous l’aider ?".


 


Et surtout, apprenons à "nous taire". "Pour nous aussi, le silence est déjà un lieu sûr. Il nous met à l’abri de ces jugements que nous proférons pour les regretter par la suite. "Garde le silence, le silence te gardera", c’est la recommandation de toute la tradition monastique, et elle n’est pas réservée aux moines ni aux moniales !


 

Et si tout simplement nous apprenions à dire du bien de l’autre,
à le valoriser et à lui souhaiter du bien ?


 


Thérèse CHANEL - Psychologue


Pour aller plus : "Moi, je ne juge personne" de Lytta Basset - Albin Michel